Tout de suite, si j’en avais les moyens, j’irais voir un psy.
Au début septembre, je suis retournée dans ma famille, au Nouveau-Brunswick, à cause du décès d’un de mes oncles. J’ignore la raison exacte de mon état mais depuis mon retour ici, il n’y a pas eu une seule journée ni même une seule heure durant laquelle je n’ai pas été frappée par un de ces maudits flash-backs. Une vraie obsession. Que des conneries en plus. Je me revois soudain à douze ans, balbutiant devant le beau gars de l’école; à seize ans quand je me suis engueulée avec un «frais-chier» et que je ne lui ai pas dit spontanément tout ce-que-j’aurais-dont-dû lui lancer en pleine face, au lieu d’y penser après coup; à neuf ans, au concours provincial d’épellation, lorsque la femme devant moi a prononcé le mot «automne» et que j’aurais-tellement-dont-dû l’épeler puisque je savais parfaitement comment mais que je n’ai rien dit, figée par la peur de me tromper et de décevoir… et j’en passe, et j’en passe encore de ces souvenirs de merde qui me hantent et qui me font suer parce qu’ils me hantent.
C’est comme si tous les regrets que j’ai pu avoir dans ma vie, même les plus minimes, s’étaient mis d’accord pour venir m’accaparer tous en même temps. À l’emploi du temps de mes tourments, sur le calendrier 2007, à la page d’octobre , il y a d’écrit en gros:
REFAIRE SURFACE LE PLUS SOUVENT POSSIBLE
Ça m’était déjà arrivé avant mais en moins condensé, par exemple, deux ou trois flashs en une journée et durant pas plus d’une journée, justement. Et puis c’était à des temps où je croyais qu’il était plutôt normal que ça se passe, comme une période de stress intense ou quelque chose dans le genre. Mais là? Non, vraiment j’vois pas… Ou peut-être que si, finalement.
J’ai pris comme résolution, y a pas longtemps, d’arrêter de vivre que pour les autres et d’essayer de penser un peu plus à moi. De ne plus m’empêcher de faire telle ou telle chose pour que dans le futur, j’aie à dire le moins possible «j’aurais-tu-dont-dû». Je sais, vous allez me dire qu’il aurait fallu vivre comme ça depuis le jour où je suis née, mais voyez-vous, je n’osais pas. Peur de me tromper et de décevoir (une liste moyennement longue d’anecdotes pourrait aider à comprendre pourquoi cette peur, mais j’ai déjà assez des flash-backs sans avoir à me retapper ça en plus). Je me disais donc que mon ça, mon moi, et mon surmoi étaient peut-être en train de jongler avec mes parcelles de refoulé, pour les exorciser. (Je parle comme Freud mais détrompez-vous, j’y connais presque rien à cette psychanalyse).
Y a peut-être aussi le manque de nicotine qui fait faire des folies à ma tête. Et y a peut-être le fait que j’attends en m’arrachant les cheveux la réponse de la Téluq à savoir si je suis admise à leur programme parce qu’un oui règlerait bien des petits problèmes. Et y a assurément que je suis folle et que… j’ai vraiment besoin d’un psy!