Faux-lire les signes 2007: 21 novembre
La plupart des gens qui me connaissent me qualifient de «relaxe» ou de «pas stressée». Jusqu’à très récemment, je croyais la même chose.
Aussi, j’ai toujours pensé, bien naïvement (pour ne pas dire stupidement), que si un jour je développais un problème psychologique quelconque, je le saurais. C’est en y repensant que je réalise à quel point ce raisonnement est con. Anyway…
Il y a quelques années, j’ai commencé à ressentir quelques malaises physiques assez inquiétant pour la fumeuse-au-mode-de-vie-sédentaire que j’étais: douleurs thoraciques, masse dans la gorge qui rend la déglutition difficile… et plusieurs autres symptômes qui se sont ajoutés à la liste au fil des mois. Au début, j’ai attendu avant d’aller consulter un médecin parce que ces troubles étaient sporadiques. J’ai tenté d’arrêter de fumer à plusieurs reprises, étant persuadée que le tabagisme était la cause de tous ces problèmes qui ne se réglaient jamais définitivement.
Ont suivi ensuite les examens médicaux (prises de sang, test de la glande thyroïde, radios…) que je passais toujours haut la main. J’ai souvent fait des recherches sur Internet par rapport aux symptômes que j’éprouvais et laissez-moi vous dire que l’exercice n’a rien de reposant! Les résultats et diagnostics proposés ressemblaient un peu à ceci: cancer du poumon, du larynx, de l’œsophage, fibromyalgie, panoplie de complications cardio-vasculaires, embolie pulmonaire… Pourtant, aucun des médecins consultés ne semblait voir le lien entre mes symptômes et ces maladies.
Pour ma part, plus le temps avançait, plus j’étais convaincue de l’arrivée imminente de ma mort. La situation s’est empirée au cours des derniers mois pour enfin atteindre son paroxysme le week-end dernier. Et le choix du mot paroxysme ne saurait être plus juste. Voici la définition qu’en donne le Petit Robert:
Période d’une maladie où les symptômes sont le plus aigus. →accès, crise.
Vendredi soir, je me sentais comme suit: douleurs aux poumons, oppression thoracique, muscles du cou tendus, masse dans la gorge, brûlement de la peau au niveau du cou et du thorax, pincements (comme une aiguille qui traverse les veines ou je ne sais quoi) dans tout le corps, léger engourdissement du côté droit du visage… Je vivais ces symptômes silencieusement, ne voulant en parler à mon copain, peut-être par peur de paraître folle car j’en parle depuis longtemps ou simplement pour ne pas le déranger…
Le soir, une fois au lit, c’est encore pire. Surtout couchée sur le dos. La circulation sanguine ne se fait pas du tout et j’ai le visage tout engourdi, les lèvres qui picotent intensément et par moment, je ne sens plus mes bras ni mes jambes. C’en est trop: je craque. Mon copain me demande si je veux aller à l’urgence. Je veux qu’il téléphone InfoSanté avant parce que je n’ai aucune envie de me déplacer pour qu’on me dise encore une fois que je ne suis pas malade. Seulement, la dame demande à me parler mais j’en suis incapable car je ne sais plus rien faire sauf pleurer et angoisser. Je vais mourir! Ça y est je vais mourir!
Évidemment, chère miss InfoSanté ne trouvera aucune explication qui puisse me réconforter et terminera l’appel en disant sur un ton las et vraiment peu convainquant:
- J’vois pas mais, si j’étais vous, j’irais quand même consulter un médecin… à cause des picotements aux lèvres.
Quelques Plusieurs heures way later, à l’urgence, les maux sont devenus pires que pire et l’évanouissement me menace fréquemment. Une voix venue de l’au-delà crache soudain: «six-cent-soixante-treize, salle un». Ça me donne envie de pleurer de soulagement. C’était bien sûr avant d’attendre encore un bon cinq minutes, dans la salle un, l’infirmière qui allait prendre ma pression qui serait, semble-t-il, «parfaite». Elle irait ensuite chercher le médecin qui allait me faire languir durant assez de temps pour que je pense mourir cent fois.
Quelle joie ce fut de voir la porte finalement s’ouvrir sur une médecin-travaillant-dans-le-système-de-santé-du-Québec qui m’aborda avec condescendance, je-m’en-foutisme ou air blasé (je ne saurais trop dire). Quelle vague de chaleur ce fut aussi de l’entendre me dire que «en médecine, il faut des symptômes précis pour mener à un diagnostic précis» (veuillez vous référer ici à la liste de symptômes donnée cinq paragraphes plus haut et jugez par vous-même de l’«imprécision» des données). Ça a l’air que si j’avais eu une irruption des boutons, à ce qu’elle dit, ça aurait fait toute une différence. J’eu donc droit à une prescription de tests sanguins et au doux conseil d’aller consulter un autre médecin si les symptômes persistent. Ils persistent depuis des années m’dame!!! Ce pourrait aussi être le stress, dit-elle avant de me laisser seule-sur-le-bord-d’une-crise-de-nerfs.
En voiture, de retour vers la maison, j’ai pleuré, pleuré, pleuré. Y a vraiment de quoi être en détresse quand vous sentez votre corps s’effondrer mais que les professionnels de la santé n’y voient rien.
Heureusement, Chenzo était là pour me supporter, même s’il ne comprenait pas tout, lui non plus. Nous avons longuement parlé de la situation pour finalement nous arrêter sur la dernière remarque du médecin: c’est peut-être le stress.
J’ai tout fait le reste du week-end pour RE-LA-XER. Bains chauds, tisanes, massages… et je dois dire que ça eut un certain effet. Faible mais quand même…
Puis à force d’y penser, j’ai fini par réaliser que, oui, c’est le stress. L’anxiété, même. Anxieuse???? Moi!? Merde! Je suis anxieuse!
J’ai toujours cru être une personne assez calme et relativement en possession de ses moyens et de ses émotions. J’avais tout faux puisque ce n’est plus le cas depuis longtemps et que mon état s’est aggravé récemment. Prenez l’épisode de la Hantise, par exemple. J’aurais dû le voir avant, il me semble! C’est de l’anxiété.
Un petit retour sur Internet en ajoutant «stress» aux critères de recherche m’a permis de découvrir une foule de gens victimes des mêmes manifestations corporelles que les miennes. Et je dis bien toutes les manifestations. Lorsque je trouvais des liens entre mon état et, par exemple, des cancers, seulement quelques-uns de mes maux entraient en ligne de compte. Dans le cas de l’angoisse et du stress, plusieurs gens ont témoigné d’un état physique ainsi que d’un cheminement médical identiques aux miens.
Dire que depuis des années, je m’inquiète de mon état physique alors que c’est dans ma tête que j’aurais dû travailler. Et c’est tellement sournois comme envahissement. J’veux dire, on a tous des préoccupations, banales ou pas, qui trottent en tête de temps à autres. Moi, j’ai tassés et retassés certains de ces problèmes (que je croyais anodins) en pensant les oublier, éventuellement. Mais il y a que quand la tête perd le contrôle, le corps prend souvent les coups. Et ça, je le sais, mais je ne le voyais pas venir. Pas chez moi.
C’est donc à ceci que je voulais en venir: moi, qui ai cru longtemps ne jamais perdre le contrôle de mes pensées, me voici aujourd’hui prise de troubles d’anxiété ET hypocondriaque.
À ajouter à ma liste de «choses à faire au lieu de fumer»: méditation et yoga (en attendant d’aller consulter.)
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